Port des Barques

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jeudi 7 avril 2016

Ito Naga, l'originalité d'un "Je sais"

En 2006, l'astrophysicien Ito Naga publiait chez Cheyne son Je sais. Le livre, qui contient quatre cent soixante neuf phrases débutant par Je sais, en est à sa septième édition et a été traduit au Brésil et aux États-Unis.
Humoristiques, philosophiques ou parfois banales ces réflexions ont retenu mon attention. Ainsi, des trois premières:

          1. Je sais qu'on est tenté de voir des signes dans une coïncidence.

           2. Je sais que dans certaines traditions, on pense que l'âme revient
               quarante jours après la mort, puis mille jours après.

           3. Je sais qu'il m'arrive de passer sous une échelle. Juste pour voir.

           in Je sais chez Cheyne Éditeur, 2013, p.9

Trois phrases qui pourraient nous venir à l'esprit au cours de notre vie. Notre savoir est donc fait de phrases comme celles-ci. En prenant la peine de les noter, l'auteur met ses pensées à notre disposition. Agissant comme un miroir, elles nous interpellent et nous mènent du personnel à l'universel, du banal au profond, et le lecteur se prend au jeu.

          115. Je sais qu'avec les gens qu'on n'aime pas, on n'aime pas jusqu'à
                 l'air qu'ils déplacent.

          116. Je sais que l'inverse est vrai aussi: on aime l'air que déplacent
                  les gens qu'on aime.

          117. Je sais que l'air unit les hommes en descendant dans leurs poumons
                  les uns après les autres.

           ibid p.25

Mais hélas!
          
          107. Je sais qu'il suffit de dire: "Allez à l'essentiel!" pour se perdre dans
                   les détails.
    
          129. Je sais que dans notre for intérieur, peu de choses changent.

Sans compter que:

           131. Je sais qu'il faudrait chaque jour une pression amicale de la mort
                   pour être serein et détaché.

           132. Je sais qu'elle a malheureusement la main un peu lourde.

           138. Je sais qu'avec le temps, les personnes décédées deviennent plus
                   présentes, que les fantômes ne sont plus au dehors mais au-dedans de nous.

           146. Je sais qu'avec toutes ces naissances et ces morts, ces maladies, ces accidents
                   et ces bombes, ça fait chaque jour un sacré trafic entre ici et l'au-delà.

Toutefois,

            147. Je sais qu'à chaque instant, au moins une personne dans le monde meurt tandis
                    qu'une autre est en pleine extase et qu'une troisième fait son marché.

Étrangement, l'envie d'inscrire l'une de vos propres réflexions au bas d'une page du livre vous gagne. Ce pourrait bien être celle-ci, si l'auteur ne l'avait déjà rédigée :

             351. Je sais qu'il faut croire aux fées. Aux bonnes et aux moins bonnes.

Ito Naga croit à l'évidence aux fées, nombre de poètes ont des affinités avec ce type de personnes. J'en suis. L'auteur, dont on sait uniquement qu'il est astrophysicien et écrivain, se cache derrière un nom et une philosophie orientale, qui ajoutent une aura de mystère à ses propos. Il n'empêche qu'on est séduit.

             407. Je sais que, dans la peinture chinoise, on peint d'abord les feuilles puis le tronc.

             432. Je sais qu'elle parlait toute seule en marchant et qu'elle s'est mise à rire:
             "Je parle toute seule !"

             469. Je sais que ceci laisse entrevoir des perspectives merveilleuses.

Ce petit livre agit comme un tonique, goûtez-y !

sur internet:

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