Aux premières lueurs du
jour je me suis levé lentement
Je suis monté à l'échelle du
mur, et, par la lucarne, j'ai
regardé passer les gens qui
s'en allaient.
in La lucarne ovale, Pierre Reverdy, Œuvres complètes, tome 1, Flammarion, 2010, p.99
Les vacances d'été, nous offrent l'occasion de retrouver le temps de relire nos auteurs préférés, d'y faire encore des découvertes et d'éprouver, comme autant de sensations neuves, la qualité des émotions qui nous traversent.
Pierre Reverdy était prolixe, son œuvre complète couvre 3.076 pages, réunies en deux gros tomes dans l'édition, parue chez Flammarion en 2010. La sensibilité, l'originalité et la profondeur y sont toujours de mise et l'engagement tenace.
Ainsi peut-on lire dans le tome II, à la page 917 : "c'est moi, seul homme à mon bord, n'ayant personne avec qui parler et qui parle à tout le monde – en écrivant."
Je vous propose de vivre une de ses journées en poésie :
Matin
La fontaine coule sur la place du port d'été
Le soleil déridé brille au travers de l'eau
Les voix qui murmuraient sont bien plus lointaines
Il en reste encore quelques frais lambeaux
J'écoute le bruit
Mais elles où sont-elles
Que sont devenus leurs paniers fleuris
Les murs limitaient la profondeur de la foule
Et le vent dispersa les têtes qui parlaient
Les voix sont restées à peu près pareilles
Les mots sont posés à mes deux oreilles
Et le moindre cri les fait s'envoler
ibid Les ardoises du toit p.160
Matinée
L'ombre penche plutôt à droite
Sous l'or qui luit
Dans le ciel qui fait mille plis
L'air bleu
Une étoffe irréelle
C'est peut-être une autre dentelle
À la fenêtre
Qui bat comme une paupière
À cause du vent
L'air
Le soleil
L'été
Les traits de la saison sont à peine effacés
ibid Les ardoises du toit, p.213
Plus tard
Le temps passé dans une chambre où tout est noir reviendra plus
tard. Alors j'apporterai une petite lampe et je vous éclairerai. Les
gestes confus se préciseront. Je pourrai donner un sens aux mots qui
n'en avaient pas, et contempler un enfant qui dort en souriant.
Est-il possible que ce soit nous-mêmes en vieillissant ? Il y a
quelques morceaux de ruines qui tombent. Ceux-là ne se relèveront
plus. Il y a aussi quelques fenêtres qui s'éclairent. Et devant la porte
un homme solide et doux qui connaît sa force et qui attend.
Il ne reconnaîtrait pas lui-même son visage.
ibid La lucarne ovale, p.132
On ne peut plus dormir
tranquille quand on a une fois
ouvert les yeux.
ibid La lucarne ovale, p.119
L'engagement en poésie de Reverdy tenait d'un réel sacerdoce, j'en veux pour preuve ce texte rédigé pour le n°1 de La Révolution surréaliste, le 1er décembre 1924 :
Je crois que le poète doit chercher partout et en lui-même, la vraie substance poétique et c'est
cette substance qui lui impose la seule forme qui lui soit nécessaire.
Mais ce qui m'absorbe plus que tout autre détail du problème c'est cette identité de la destinée
poétique et de la destinée humaine – cette marche incertaine et précaire sur le vide – aspiré par
en haut, attiré par le bas, avec l'effroi à peine contenu d'une chute sans nom et l'espoir encore
mal chevillé d'une fin ou d'un éternel commencement dans l'éblouissement sans tourbillon de
la lumière.
in Pierre Reverdy, Œuvres complètes, tome I, Flammarion 2010, p.601
Il vous est donné par la même occasion de lire ou relire les deux précédents articles écrits à propos de ce poète sur Le Temps bleu ou sur La Pierre et le sel, grâce aux liens indiqués plus bas.
Bibliographie:
- Pierre Reverdy, Œuvres complètes, Tome 1, Flammarion, 2010
- un article de Roselyne Fritel sur Le Temps bleu : http://lintula94.blogspot.com/2017/01/pierre-reverdy-une-voix-dans-loreille.html
- un article d'Hélène Millien sur La Pierre et le sel : http://pierresel.typepad.fr/la-pierre-et-le-sel/2012/04/pierre-reverdy-un-po%C3%A8te-mystique-%C3%A0-laube-du-surr%C3%A9aliste.html
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